11.05.2012

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(photo-texte JLG)

 

 

Un voile déchiré sur la plaine naissante

Un nœud de la voix qui efface les litiges

Une ombre indélébile du silence

Sur le passage des hommes

Je rassemble les grains de vie

Abeille laborieuse des sourires à inventer

Laboureur des émotions

Donner force à l’impensable

Qui réduit les vents de mer

Et couvre d’écume les cœurs les plus révoltés

Un souffle ensevelit la naissance du jour

Nous ne sommes qu’à nous-mêmes

Cette lueur ce reflet incandescent

D’une main tendue caressant

un cœur inondée de vagues palpitantes

ma vie entre vos mains

confiance intime du regard

que je noue, écharpe avec des mots lents

inaudibles et aimants

perce une fragilité essentielle

qui nourrit mon quotidien

mon voyage n’est que la répétition singulière

du bleu des mots insensés de courage

qui partagent les larmes obscurcissant le rivage

pulsion scopique qui me rassure

et invente mes lendemains

25.03.2012

J'étais la terre

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À cœur ouvert (3)

 

Le réel est injuste

J’avais besoin en ces temps de reconnaissance

« De ces belles personnes qui font du bien au monde »

Je pensais creuser la terre frénétiquement

Pour y trouver la paix

Effleurer ma peau du dessous

celle qui garde les blessures et les absout

celle originelle qui nous drape des amours infantiles

amours de violence et de vérité

la peau du toucher

la peau de la reconstruction

la peau du feu qui nous consume

et nous fait renaître à nous-mêmes

peau à peau je redécouvre la langue

mot à mot je réapprends la respiration

lente et ample des matins où l’on croque la vie

j’écorche la pierre tranchante du réel

sans savoir ce que j’attends

en sachant ce qui m’attend

j’ai refermé le grand livre

des souvenirs des amertumes des mémoires

comme on quitte un livre

impossible à écrire

 

J’étais la terre

Ce visage unique refermé

Sur le pas des hommes

11.03.2012

Suite...

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à Cœur ouvert  (2)

 

La pluie traversait mes yeux

Je ne discernais plus l’ombre du silence

Je parlais sans un mot

De l’aube du sourire

D’une peau à ma peau collée

Aveuglé par mon émoi

J’apprenais à naître à l’autre

Dans l’épaisseur d’un miroir brisé

Funambule sur la tranche du désir

J’abordais la vie à cœur fermé

Dans un copeau de ciel bleu

Je m’irritais de ne pas dominer la terre

Les blessures sont faites pour se rouvrir

Printemps silencieux de nos faiblesses

Je criais à cœur perdu

à l’infamie de nos souffrances

quand même la terre ne vacille d’aucun émoi

Je retrouvais un ami d’enfance

légendes des âges où l’on donnerait son cœur

sans partage

sédiments des matins sans brume

des levers insouciants

où le monde nous appartient

vertige des vestiges de nos croyances

quand nous refaisions le monde

et que le monde nous épargnait

j’avais oublié la cruauté de nos fantasmes

la blessure des draps pliés sur la peau

au matin d’un réveil en sursaut

livide et vulnérable de n’être

que l’image blafarde de l’enfant

qui s’épuise en nous


je ne restais pas insensible au vent

qui décoiffait mes rêves

18.02.2012

à Coeur ouvert (1)

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J’ai ouvert le grand livre

 

De souvenirs drapés de silence

 

de chuchotements et de murmures

 


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   Le froid était inqualifiable

 

   ce 11 février 1954

 

 

 

Ce n’est pas sans angoisse

 

Que j’ai retrouvé le geste chirurgical

 

Écarter un à un les plans successifs de ma mémoire

 

Dépoussiéré ces moments superflus

 

Qui donnent consistance au présent de la vie

 

Les vagues de mon cœur sont intarissables

 

ce reflet du soleil qui masque l’essentiel

 

Disséqué les douleurs et les joies

 

Pour repeupler d’amour et d’herbe fraîche

 

L’érosion renouvelée des falaises de mon corps

 

Je suis traversé par les marées

 

D’où je puise ma terre

 

Ce cristal insolent et mystérieux

 

Qui façonne les berges de mes mots

 

J’ai mis les pommes de terre à cuire

 

L’odeur volatile de leur peau ranime tous mes chers disparus

 

Dans la simplicité des gestes échangés

 

Des regards parfois des paroles

 

Tous ces visages croisés rencontrés

 

Comme les perles chargées d’humanité

 

Enfilées au fil des ans

 

Comment ne pas succomber

 

A cette richesse entassée prélevée pillée

 

A votre histoire qui est aussi la mienne

 

Fertilité de vos écumes sédimentées

 

Je combats les bas-ciels

 

A cœur de fleur

 

                                

 

 

 

 

 

 

01.02.2012

Blanc...

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Un voile de blancs
Provoque nos consciences
Epaisseur éphémère de nos doutes
Des blancs profonds aux blancs lumineux
Réveillent nos noirs insoumis immortels
Nous traçons avec un doigt d’enfant
Les stigmates de notre présence
Grain de sable dans le désert
Recueilli au coin de l’œil
Notre relative puissance à exister
Interroge le temps qui nous échappe
Horloge détraquée de nos certitudes
Je me perdais dans ces blancs
Dont la différence était autant tactile
Que visuelle
Un sein maternel introuvable
L’émotion pouvait s’y nicher
S’inventer en strates successives
Sédiments des origines de nos mensonges
Et de notre incomplétude
Matrice insolente de nos palpitations dérisoires
Les larmes induisaient l’espoir
Inspiraient un narcissisme à peine dissimulée
Le blanc avait gommé le blanc
Il respirait notre aphonie
Secs comme les pierres


Nous pouvions recommencer
A nous croire vivant

 

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29.01.2012

Rien ne justifie la peur

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Mon grand-père m’avait arraché à ma mère
Comme on sauve un enfant de la noyade
Comme on arrache une dent avec un fil relié à la porte
Pour un petit fils de boulanger être un « bâtard » n’avait rien d’humiliant
L’idée de cette irréelle unicité ne semblait pas me déranger
Cette solitude fondatrice m’accompagne toujours
Et la lecture de mon acte de naissance reste une énigme
Une vacuité plutôt, l’absence graphique qui inaugure une parole
Ma parole
Tout semblait se jouer entre ces trois protagonistes
Sans accord, sans un mot, tacitement,  juste ce qui lie un père à sa fille engrossée précocement
Une alliance qui m’échappait et leur échappait aussi
Une banale histoire de vie de village que nous avons pourtant quitté très vite
J’ai toujours vénéré cet homme, parole vivante, qui m’a porté une admiration sans bornes
Chaque matin je pense à lui et il a beaucoup contribué à ce que je suis
A ce que je ne suis pas aussi 
Sa présence m’envahit encore aujourd’hui
Je sais pourtant, sans jamais en parler, que la femme qui m’a le plus aimé
Le plus choyé, étreinte des silences à porter, des blessures dont elle ne dira jamais rien
C’est ma grand-mère
Femme de l’ombre, discrète et soumise, moins éloquente
C’est toi qui enlevais mes chaussures quand je revenais le mercredi soir  de la piscine Blomet, juste capable de m’affaler sur mon lit pliant.
C’est toi la laborieuse du petit matin jusqu’au soir très tard qui t’occupais de moi
C’est toi qui m’as donné le nom de mon père pour le trouver puis le perdre
J’avais souvent honte d’être accompagné d’une « vieille femme » de 42 ans à l’école des Renaudes, dans le quartier où tu étais concierge,  rue de Chazelles, dans ce très bel immeuble qui a été si longtemps ma plus belle cour de récréation du monde, entre le parc Monceau et les grands magasins.
Tu es partie ce jour de… (Je ne sais même plus quand c’était) après ma dernière visite et un bon repas très déséquilibré où tu gardais toujours le meilleur pour moi. Tu m’as fait signe de partir quelques minutes, comme par pudeur, pour pouvoir mourir tranquille, rassasiée de ma venue.
Je te savais heureuse. Je savais que tu m’attendrais
Si, je m’en souviens maintenant c’était l’année de mon mariage
Je n’ai lu aucune angoisse sur ton visage lisse comme ta vie. Nous t’avons allongée près du grand père, une évidence. J’ai gardé tous les dessins de l’arrière-grand-père Besnard, ton père et c’est tout.
J’ai vécu des années sans peur…

15.01.2012

Il était une fois...

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J’avais appris la permanence des pierres
                     Comme les mots à la commissure de mes lèvres
Toujours un galet ou un cristal dans la poche
                     Quelque chose où je peux m’agripper quand la froidure du temps et des sentiments me rendent vulnérable
Et aux quatre coins de la maison
                     Des accumulations inutiles
Je fais des tas me dit-on
                     Des tas de tout
J’aime bien les tas, ça me rassure
Des petits tas comme on marque son territoire
                     L’aspirine dans le tiroir du buffet mélangée avec des piles électriques, quelques pièces de monnaie et d’anciens tickets de caisse
Des publicités qui s’entassent sur la table en sachant pertinemment qu’on ne les lira jamais
Les pierres aussi s’entassent
Je parle aux pierres
                      Aux cicatrices cristallisées de leur histoire
J’ai l’impression qu’elles me comprennent mieux que les hommes
Elles savent écouter inlassablement sans se fendre
De temps en temps seulement elles vous répondent
C’est très rare et quand ça arrive
C’est encore mieux que l’opéra de Verdi qu’interpréta Riccardo Muti à Rome en mars dernier et qui m’a fait pleurer de bonheur
Encore mieux que le point d’eau du Ténéré que nous cherchâmes des heures et des heures alors que la soif nous tenaillait
               C’est magique
Un instant de fulgurance intime avec l’aube des mots
               Une parole que rien n’efface
Une rencontre de l’insolite qui vous réconcilie avec le vrai discours des hommes
               C’est l’inaltérable
Fureur volatile de vie qui trace une conscience et nous rend un peu meilleur
               Humble exilé de la terre
Où le temps se fige
Accumulation incongrue de souvenirs qui bâtissent une tranche de vie unique et singulière
Deux regards complices
Deux mains qui se serrent
Deux sourires qui s’échangent

28.11.2011

Stances à l'insistance

http://dai.ly/sGgJGa   (Jean VASCA) - croisons nos ombres

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Je serai la trace de l’effraction

Qui pousse en vous

Comme l’épaule du rêve

Bourgeon de l’essentiel

Possible existence insoumise

 Souvenir en exil

Qui fait monter les larmes

Je serai avec insistance

Cette mélopée envahissante

Qui encombre et remplit vos têtes

Mais remplit le désert de la rébellion

Je ne suis rien

Ce petit rien de tendresse

Qui épouse le sourire des hommes

Ce petit rien que je tiens de mon grand père

Et qui vit à travers moi

À travers vous

Qu’un silence nous transmet

Il vient des océans

Porté en fraude de port en port

De marée en marée

Je suis cette île

Partition d’une aile blessée

Qui chante à nos oreilles

La trace immuable de notre appartenance

Trace inaudible

Trace invisible

À qui ne sait pas écouter

Le murmure du silence des mots retrouvés

mémoire inaliénable

porteur d'amour

25.09.2011

Vraie fausse citation

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(Ben, le mangeur de disques)

 

"On reconnait le déclin d'une civilisation...

au prix du pain"

(petit fils d'un boulanger mort pauvre)

24.09.2011

Ange et démon

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Même les anges se taisent

Et méditent sur la mort qu’ils mènent

 

            Accumulations de souvenirs dérisoires

            Pour donner inconsistance historique

            A la justice de l’âme

            Pouvoir se pincer et avoir mal

 

Je suis un atypique calé dans les replis du bonheur

Que ma main n’atteint pas

Un handicapé du sourire des enfants qui braillent

A en souhaiter d’être sourd

Un égocentrique bavard qui n’a rien à dire (comme tellement d’autres)

 

      Je crois que la réalité n’est pas réelle

      Et pourtant  elle nous infiltre et nous possède

      Comme une maladie génétique

      Il ne suffit pas d’y croire

 

La vie est ce qu’on en fait…

Baliverne des étés trop longs, loin des cours étroites des écoles

Quand on pense encore que le bonheur se cache sous les jupes des filles

 

     J’ai jeté ma voiture, je songe à me libérer d’internet, du téléphone

     Et des plaques à induction.

     Garder intacte cette présence vivifiante, vibrante

     Des émotions de ta voix

     Des yeux qui illuminent le soleil

S’allonger face au ciel et reconstruire son identité

Abandonner l’impossibilité de l’île

S’inventer les caresses du vent (je me suis toujours demandé à quoi ressemblait la méditation, le terme lui-même me fait peur)

Que dire « je médite » quand médire ne m’apprend rien de moins que ce que je suis

Il était 17h30 quand j’ai appris par télégramme la mort de mon grand père

Le vent fouettait les larmes étalées, enracinées sur mon visage

Je pédalais dans une rue de Tours proche du cinéma, aveugle et infiniment  emparé, déjà responsable

Il suffit que je touche mes joues 35 ans après

Pour sentir les mêmes larmes, la même émotion, le même vent, le même pavé, la même mort, le même espoir

La réalité s’impose parfois réellement, impossible île naufragée où je te rejoins

Où l’écho de tes mots exilés m’a construit une identité incertaine

 

          Entre le bonheur et la mort il y a un fil tendu par nos      souvenirs

          Une traversée de mer qui ignore la lassitude de nos pas

Ne vit-on que pour un souvenir ?

                                   Pourtant quelle insolence

                                   Que la beauté des mots

Parle-moi il fait clair

Parle-moi j’existe un peu

Parle-moi                        je suis en toi

17.07.2011

J'ai arraché la peau des larmes

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(Photo de Jean-luc De Laguarigue pour l'exposition "le pays des Imaginés" en hommage à Edouard Glissant au Gros Morne Martinique)

 

Ma parole se brise

Comme une pierre se fend

Sous les rafales du temps

Une pierre dans la gorge

Une impossibilité

A arracher la peau des larmes

Le regard de ton cœur écorché

Il est des temps où il faut se battre contre soi-même

Retourner la terre de notre aphasie

Renouer le contact avec les hommes

Vaincre l’incompatible incompréhension

Quelques paroles déplissent mon oreille collabée

Un signe inattendu du Gros Morne ou de Nice

Pour redonner croyance à l’in-absolue solitude

Je me couvrirai de la peau des arbres

Apprendrai le langage des loups

Pour des caresses animales presque sauvages

Juste et seul comme il est permis de rêver

Arracher vos sédiments insipides

De bon ou mauvais élève

A notre égoïsme si naturel

Nous sommes de passage

Et pourtant nous pouvons tant parfois

Pour le cœur des hommes

 

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22.06.2011

Hors réseau

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Il y a des mots

Murmures d’ombres du passé

Souvenirs d’un temps de caresses

Il y a des mots

Qui s’épuisent en silence

Révèlent notre humanité inaccomplie

Il y a des connivences des complicités

Qui en disent plus que les mots de la bouche

Les mots du cœur

Véritable séisme des émotions

Se chuchotent dans les plis de la chair

Dans les plis des cicatrices

Là où se reconstruit les sédiments de l’être

Il y a une parole incarnée

Dépliée des circonvolutions chaudes et humides

Des incertitudes d’exister vivant

Il y a ce cri qui défie tous les printemps

Cette rébellion à un monde qui ne nous appartient plus

Je me reconnais dans les traces exsangues de la terre bafouée

Dans la mémoire des pierres

24.04.2011

Ben, dis donc !

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Dans la brume des souvenirs

Mon corps se défroisse

Comme la peau d’un nouveau-né

Qui ne sait pas encore

Qui sait déjà trop

Accumuler les rides de la vie

Comme une rivière s’en saisit

S’étonner encore

De la mémoire qui nous forge

Extraction au forceps

Des poussières de rêve

Le silence ne s’apprend

Que de la parole de l’autre

que d'un rêve écorché

jamais cicatrisé

réverbère de nos nuits sans sommeil

 

23.03.2011

Nécessaire parole

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A la source des mots  tarie

Le souvenir sans savoir

Aiguise la rébellion

De nos mémoires soumises

Quelle capacité avons-nous

Quelle    adaptation sublime

A supporter l’insupportable

Dans tous les camps tous les clans

L’herbe est verte

le vent la déplie

Et la connaissance

Nous soumet à un savoir illusoire

Tyrannique à notre propre existence

le vallon s'endort

La vérité est ailleurs

Dans mes terres noires

Que mes mains ont si souvent fouillées

J’ai soulevé des corps

Et des âmes sans doute

Rencontre imperceptible

Et parfois lumineuse

Avec l’intemporel

Cette odeur de l’histoire

Qui nous a précédés

Gaie comme les pierres

Et se livre là

Entre mes doigts ouverts

Sans rien demander

Juste l’instant d’une rencontre

Le frémissement de la terre

Un fugace frisson de bonheur

Arraché à l’oubli

Un éclat de cristal mélangé à la terre

La promesse d’une parole

nécessaire

 


20.02.2011

20 ans déjà

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Attachement    attouchement

Effacement de l’horizon           tropique

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comme apparaître à sa conscience

un vent de sable

nous égare et nous fait pleurer

vénéneux  et  tendre

je ne sais me reconnaître

que dans le cristal brisé

de ta pupille

le son de tes caresses

tes mots inaudibles traversent  ma chair

tant de temps déjà

le frémissement de la pierre

nous apprend que l’attente est courte

et l’ilet long 

 

 


06.02.2011

Anse Couleuvre

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Cette nuit

Il y a comme un silence de pleine lune

Et pourtant rien n’est calme

Entre la cascade  et la mer

La peur du noir primitif

Fait craquer le sable volcanique

Il crépite dans  l’ombre

Feu de joie ou terreur nocturne

Rien n’apaise l’épaisseur de l’air

Je pourrais me détendre

M’allonger comme un rhum long

Sous les pales du ventilateur de l’épicerie

En écoutant chanter quelques mots créoles

De la patronne

Qui m’échappent encore

Et qui grondent  comme des tambours

A m’arracher le cœur

Mais le noir n’est pas assez noir

L’humidité piailleuse réveille des souvenirs

Ceux de la veille et de l’avant-veille

Ceux d’un passé incertain qui m’habite

Et me trouble

Souvenirs de grand père et de l’habitation aux serpents

Souvenirs de Blaise et Yannick

Souvenirs des souvenirs de chacun

Je suis seul et tellement entouré

Une vague sans retenue vient chasser

En trop peu  qu’il me faut pour le dire

Tous ces tourments que le firmament n’ignore pas

Il y a cette quiétude soudain

A se sentir humain

03.02.2011

Edouard GLISSANT

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Te dire les mots et la moiteur du frémissement

te dire qu'il faut pleurer la grande eau

l'ilet long de toi à moi comme un trouble volatile

et quelques mots insignifiants de présence et de tristesse.

Juste le souvenir

ne jamais t'oublier

"J'ai découvert qu'on peut sortir d'un jardin, ou d'un chagrin, en faisant la rencontre d'une coccinelle."M Vaillant



23.01.2011

Pas Comme les autres

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Pas comme les       autres

 

Singulière opacité

De s’approprier  l’étrangeté

Qui nous habite

Porteur de désirs

Lignée exilée de la honte

Qui nous  forge    nous façonne

Je me reconnais dans le miroir de la grande eau

Grande eau  Grande eau

Fluidité de ses caresses intimes

S’appartenir est un long voyage

Où s’ouvrent des printemps

Où l’on écorche l’hiver

Où saignent les plaines à perte de voix

Où vivre s’apprend

Dans les morts  qui nous précèdent

Où les  croutes sur les genoux ne guérissent jamais

Six sœurs       si seul

Et pourtant si sûr de cette indispensable solitude nourricière

Une Marianne de Gandon oblitérée Fougères

Pliée méticuleusement dans mon porte feuilles

Trace dérisoire de filiation

Comme un bonheur tellement fugitif

Que sitôt passée sa prégnance

Il devient  déjà  imperceptible

Absent et terriblement inoubliable

Pépites d’étoiles

Rassemblées  dans ton regard

Familiarité bienveillante

Qui apaise comme une caresse

Ces moments inconsistants

Et pourtant si précieux de la vie

Ne plus penser l’impensable

Juste sentir la peau frémir

Et le corps parler

De l’émoi de ta différence

Celle que je t’ai léguée

Avec tous les sédiments

Des vapeurs humides et moites

De notre traversée

Sans équipage

Amour volatile

Qui sait où se poser

comme les autres

comme les autres

comme les autres

comme les autres

comme les autres

comme les autres

15.01.2011

Fontaine

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( collage original de B PAHIN 2011)

 

Ebrécher les contours de l’oubli

Border les trous de l’impensable

Des mots inviolables du silence

De l’innommable

Abcès exilé de nos souffrances

Cicatrices indélébiles de notre filiation

Ranimer le corps entier qui les porte

Les infuse

Les défend

Les contient

Un éclat de larmes

qui fait vaciller la colline

Triste miroir de faille

où la parole s’initie

Il n’est que d’être vivant

pour convoquer

Le sujet

Il n’est que les mots

Pour croire au silence 

 

09.01.2011

En deça du rêve

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( Photo JLG )

 

Ne m’adoptez pas

Je suis un bâtard

Et je le resterai

Figé de solitude éclatante

Vous n’arracherez pas

Les ongles de ma terre

Ce trait marron ou vert

En bas d’une feuille blanche d’écolier

Matrice illicite des souvenirs

Ma misère est illisible

Mais c’est la mienne

Fraternelle de mon aphonie

Des rives du temps

Lisse et pâle comme un horizon de désert

Je choisirai le moment de la rencontre

Petit Prince aux cheveux blanchis

Je t’inventerai  femme aux rondeurs indécentes

Quand je lirai dans tes yeux

Le silence impardonnable de l’oubli

Nous sommes tous des oubliés

Qu’importe qu’il ait fallu s’accrocher

Aux rêves de tous ces passants

Ça n’a fait qu’encombrer le buffet

D’objets inutiles et indispensables

Ce vieux cendrier de bar ramené comme un trophée des antilles

Quelques lettres pliées repliées dans une boîte aux trésors

La soupière de la mère de ta grand-mère ou d’une autre

Un coquillage qui rassemble toutes les mers

Les pastilles pour la gorge

la vieille montre du grand père qui a dompté le temps

Toutes ces choses qu’il ne faut pas oublier

Qui s’entassent  pêle-mêle dans une odeur d’encaustique

Comme un grand dictionnaire de la vie

Jamais refermé

Ne m’adoptez pas

Je serai toujours le fils

D’une terre insoumise

Qui n’appartient qu’à moi

Celui qui ne sera que ce qu’il est

Ni plus ni moins

Juste ce qu’il faut pour croire aux fées

Pas aux dieux

Juste pour croire à la tendresse invisible

D’un regard à peine échangé

Une caresse d’ébène

Qui me lie à jamais à la terre

Je partirai dans un vent de sable chaud

Enfin adopté

Par les mains de la terre

Enfin enfanté et libre

Il me reste à l’écrire